“Never forget:
we walk on hell,
gazing at flowers.”

 

 

— Issa Kobayashi

Mike Davis – Au-Delà de Blade Runner, Los Angeles et l’imagination du désastre

by Hugh Ferriss
by Hugh Ferriss

 

Blade Runner – le côté obscur de Los Angeles. Un voyage avec la compagnie Gray Line en 2019 vous offrirait le spectacle suivant : la pyramide néo-Maya de la Tyrell Corporation, haute de deux kilomètres, fait tomber des pluies acides sur les masses métissées de la grouillante ginza qui s’agite en contrebas : D’énormes images de néons flottent telles des nuages au-dessus de rues malodorantes, où l’hyperviolence règne, pendant qu’une voix débite des réclames pour des pavillons de banlieues situés Off World, dans l’espace. Deckard, un Philip Marlowe d’après le jugement dernier, lutte pour sauver sa conscience et son amour dans un labyrinthe urbain contrôlé par des firmes de biotechnologies malveillantes.
L’adaptation cinématographique par Ridley Scott en 1982 du roman de Philip K. Dick (Est-ce que les androïdes rêvent de moutons électriques ?) raffermit son emprise sur le sommeil agité des Californiens avec la sortie du Director’s Cut, encore plus noir, chez la Warmer, quelques mois après les émeutes de l’affaire Rodney King. Les spéculations sur le Los Angeles du futur font désormais de la sombre imagerie de Blade Runner le stade terminal et probable, sinon inévitable, de l’ancien Pays du Soleil.
Pourtant, malgré le prestige de Blade Runner, au firmament des utopies négatives de la science-fiction, la vision du futur que propose le film est curieusement anachronique et, étonnamment, aucune de ses prévisions ne s’est vérifié. Scott – en collaboration avec Syd Mead, “futuriste visuel” – offrait un pastiche de paysages imaginaires, dont Scott lui-même a avoué qu’il était “excessif”. Si l’on soulève les couches superposées de Péril Jaune (Scott est, de notoriété publique, obsédé par l’idée que le Japon urbain est le vrai visage de l’Enfer, comme en témoigne son film suivant, Black Rain) ; de film noir (tous intérieurs de marbre noir poli) ; de tuyauterie technologique surimposée aux artères délabrées de la ville ; ne reste qu’un tableau, identique à celui peint par Frit Lang dans Metropolis, du gigantisme urbain et d’une humanité en mutation.
Le sinistre Everest artificiel de la Tyrrel Corporation, tout autant que les escadrons de voitures-navettes customisées filant à travers les airs, sont de toute évidence les rejetons, baignant désormais dans les ténèbres, de la célèbre ville bourgeoise du film de 1931, en pleine période la république de Weimar. Et Lang déjà ne faisait que plagier les futuristes américains, ses contemporains : au premier chef, l’architecte artiste Hugh Feriss qui, avec Raymond Hood, le concepteur du Chrystler Building, et Francisco Mujica, archéo-architecte visionnaire dont les pyramides urbaines sont identiques à la tour Tyrell, ont popularisé l’avènement de la “cité titan”, avec ses gratte-ciel de centaines d’étages, ses autoroutes suspendues et ses aéroports sur les toits. Ferris et ses comparses, à leur tour, retravaillaient en grande partie les rêveries qui existaient déjà, et que l’on trouvait régulièrement depuis 1900 dans les suppléments du dimanche, sur le forme que prendrait New York à la fin du siècle.
En d’autres termes, Blade Runner reste une énième version du fantasme moderniste qui fait d’un Manhattan monstrueux la métropole du futur par excellence – qu’elle soit utopie ou dystopie, ville radieuse ou Gotham City. Le nom le plus approprié de cette imagerie serait sans doute “wellsienne”, puisque dès 1906, dans Future in America, H. G. Wells essayait de se représenter la fin du XXe siècle en “aggrandissant le présent” – représenté par New York – pour créer “une sorte de gigantesque caricature du monde qui existe, tout étant enflé jusqu’à des échelles énormes, massives, démesurées”.
La caricature de Ridley Scott a sans doute cristallisé les inquiétudes ethnocentriques face à un multiculturalisme sans frein, mais elle échoue à s’attaquer au vrai Los Angeles (et particulièrement aux grandes plaines sans fin de bungalows vieillissants, d’appartements enduit de stuc, et de villas dans le style ranch), au moment où la ville se dégrade, matériellement et socialement, avant d’entrer dans le XXIe siècle. En fait sa vision hypertrophiée d’un Downtown Art Déco ne paraît pas être grand-chose d’autre qu’un cliché romantique quand on la compare avec les bidonvilles sauvages qui se dressent en ce moment dans la petite couronne des banlieues d’après-guerre en déclin. Blade Runner n’est pas tant le futur d’une ville que le fantôme des rêveries du passé.

— Mike Davis – Au-Delà de Blade Runner, Los Angeles et l’imagination du désastre

 

Jean Baudrillard, Amérique, 1986 – 1

J’ai cherché l’Amérique sidérale, celle de la liberté vaine et absolue des freeways, jamais celle du social et de la culture — celle de la vitesse désertique, des motels et des surfaces minérales, jamais l’Amérique profonde des mœurs et des mentalités. J’ai cherché dans la vitesse du scénario, dans le réflexe indifférent de la télévision, dans le film des jours et des nuits à travers un espace vide, dans la succession merveilleusement sans affect des signes, des visages, des actes rituels de la route, ce qui est le plus proche de l’univers nucléaire et énucléé qui est virtuellement le notre jusque dans la chaumières européennes.
J’ai cherché la catastrophe future et révolue du social dans la géologie, dans ce retournement de la profondeur dont témoignent les espaces striés, les reliefs de sel et de pierre, les canyons où descend la rivière fossile, l’abîme immémorial de lenteur que sont l’érosion et la géologie, jusque dans la verticalité des mégalopoles.
Cette forme nucléaire, cette catastrophe future, je savais tout cela à Paris. Mais pour comprendre, il faut prendre la forme du voyage, qui réalise ce que Virilio dit être l’esthétique de la disparition.
Car la forme désertique mentale grandit à vue d’oeil, qui est la forme épuré de la désertion sociale. La désacffection trouve sa forme épurée dans le dénuement de la vitesse. Ce que la désertion ou l’énucléation sociale a de froid et de mort retrouve ici, dans la chaleur du désert, sa forme contemplative. Le transpolitique trouve là, dans la transversalité du désert, dans l’ironie de la géologie, son espace générique et mental. L’inhumanité de notre monde ultérieur, asocial et superficiel, trouve d’emblée ici sa forme esthétique et sa forme extatique. Car le désert n’est que cela : une critique extatique de la culture, une forme extatique de la disparition.

— Jean Baudrillard, Amérique, P.10

 

I dit it!

Le slogan d’une nouvelle forme d’activité publicitaire, de performance autistique, forme pure et vide et défi à soi-même, qui a remplacé l’extase prométhéenne de la compétition, de l’effort et de la réussite.
Le marathon de New York est devenu une sorte de symbole international de cette performance fétichiste, du délire d’une victoire à vide, de l’exaltation d’une prouesse sans conséquence.
J’ai couru le marathon de New York : I dit it!
J’ai vaincu l’Annapurna : I dit it!
Le débarquement sur la lune est du même ordre : We dit it! Un événement moins surprenant au fond que programmé d’avance dans la trajectoire du progrès et de la science. Il fallait le faire. On l’a fait. Mais cet événement n’a pas relancé le rêve millénaire de l’espace, il l’a en quelque sorte épuisé.
Il y a le même effet d’inutilité dans toute exécution d’un programme, comme dans tout ce qu’on fait pour se prouver qu’on est capable de le faire : un enfant, une escalade, un exploit sexuel, un suicide.
Le marathon est une forme de suicide démonstratif, de suicide publicitaire : c’est courir pour montrer qu’on est capable d’aller au bout de soi-même, pour faire la preuve… la preuve de quoi ? Qu’on est capable d’arriver. Les graffiti eux aussi ne disent rien d’autres que : Je m’appelle Untel et j’existe ! Ils font une publicité gratuite à l’existence !
Faut-il continuellement faire la preuve de sa propre vie ? Étrange signe de faiblesse, signe avant-coureur d’un fanatisme nouveau, celui de la performance sans visage, celui d’une évidence sans fin.

— Jean Baudrillard, Amérique, P25

 

This omnipresent cult of the body is extraordinary. It is the only object on which everyone is made to concentrate, not as a source of pleasure, but as an object of frantic concern, in the obsessive fear of failure or substandard performance, a sign and an anticipation of death, that death to which no one can any longer give a meaning, but which everyone knows has at all times to be prevented. The body is cherished in the perverse certainty of its uselessness, in the total certainty of its non-resurrection. Now, pleasure is an effect of the resurrection of the body, by which it exceeds that hormonal, vascular and dietetic equilibrium in which we seek to imprison it, that exorcism by fitness and hygiene. So the body has to be made to forget pleasure as present grace, to forget its possible metamorphosis into other forms of appearance and become dedicated to the utopian preservation of a youth that is, in any case, already lost. For the body which doubts its own existence is already half-dead, and the current semi-yogic, semi-ecstatic cult of the body is a morbid preoccupation. The care taken of the body while it is alive prefigures the way it will be made up in the funeral home, where it will be given a smile that is really ‘into’ death.”

— Jean Baudrillard, America

 

There is nothing more mysterious than a TV set left on in an empty room… Suddenly the TV reveals itself for what it really is: a video of another world, ultimately addressed to no one at all, delivering its images indifferently, indifferent to its own messages (you can easily imagine it still functioning after humanity has disappeared).”

— Jean Baudrillard, America

Extrait de Le Virtuel, in Mots de Passe, Jean Baudrillard

Il y a aujourd’hui une véritable fascination pour le virtuel et toutes ses technologies. S’il est véritablement un mode de disparition, ce serait un choix – obscur, mais délibéré – de l’espèce elle-même : celui de se cloner corps et biens dans un autre univers, de disparaitre en tant qu’espèce humaine à proprement parler pour se perpétuer dans une espèce artificielle qui aurait des attributs beaucoup plus performants, beaucoup plus opérationnels. Est-ce l’enjeu ?

Je pense à cette fable borgésienne du peuple qui a été ostracisé, repoussé de l’aute côté du miroir, et qui n’est plus que le reflet de l’empereur qui l’a asservi. Tel serait le grand système du virtuel, et tout le reste ne serait plus que des espèces de clones, du rejet, de l’abjection. Mais dans la fable, ces peuples se mettent à ressembler de moins en moins à leur dominateur, et un jour, ils repassent de ce côté-ci du miroir. Alors, dit Borges, ils ne seront plus vaincus. Peut-on supposer une catastrophe de ce genre, et en même temps cette sorte de révolution à la puissance trois ? Pour ma part, je vois davantage une telle hypertrophie du virtuel qu’on en viendrait à une forme d’implosion. A quoi laisserait-elle la place ? Il est difficile de le dire parce que, au-delà du virtuel, je ne vois rien, sinon ce que Freud appelait le nirvana, un échange de substance moléculaire et rien de plus. Ne resterait qu’un système ondulatoire parfait, qui rejoindrait le corpusculaire dans un univers purement physique n’ayant plus rien de d’humain, de moral, ni évidemment de métaphysique. On serait revenu à un stade matériel, avec une circulation insensée des éléments…

Pour abandonner la science-fiction, on ne peut quand même que constater la singulière ironie qu’il y a dans le fait que ces technologies, que l’on réfère à l’inhumanité, à l’anéantissement, seront finalement peut-être ce qui nous tiendra quittes du monde de la valeur, du monde du jugement. Toute cette lourde culture morale, philosophique, que la pensée radicale moderne s’est métaphysiquement évertuée à liquider au terme d’un labeur éreintant, la technique l’expulse pragmatiquement et radicalement avec le virtuel. Au stade où nous en sommes, on ne sait si – point de vue optimiste – la technique arrivée à un point d’extrême sophistication nous libérera de la technique elle-même, ou bien si nous allons à la catastrophe. Encore que la catastrophe, au sens dramaturgique du terme, c’est à dire le dénouement, puisse avoir, selon les protagonistes, des formes malheureuses ou heureuses.

— Extrait de Le Virtuel, in Mots de Passe, Jean Baudrillard

quick devlog post retrieved from a tumblr post of 23 May 2012 + update

Started this yesterday – current version 0.0.4 – scrolling, player can move, jump (and jump over the enemies), fall, get bonus cup of lifes (+1 life ; bonus = cup of red thing), there’s basic collision with ennemies, player loses one life when meeting an enemy, the first type of enemy (“squid”) spawns every X seconds/frames. TODO next: first class of “bullets”, first weapon will be a bomb for Prinny, planted or thrown. Then later adding the other types of ennemies. And things, other things, way later.

There will be some cleaning / resizing / etc of sprites to do, also.

[28 may 2012:

now actually on version 0.0.7, hoping for a 0.1 soon to be able to let one or two people beginning to test and report on gameplay and maybe help me for balance and future ideas.

0.0.7 has collision the player ability to drop bombs, bombs explosions & collision between bombs exploding and player and ennemies, a second (loose) type of ennemy (several other sprites wait for being added, and then tweaked for different type of ennemies possibilities), semi place holder blue laser sprites needing animation in place of the red blocks below acting as a death trap than opens and closes every five seconds and can kill everyone who fall on it, new sprite for Squid being grilled on the laser death trap and one killed sprite for the second ennemy, a little basic skull. added a Pause state, and a pause screen when you lose a new life before starting a new round, a very basic game over static screen. Next thing to do, continue and finish the spawning & managing of bonus items/etc… and a lot of under the hood things (better animation management, OO/ classes organization etc).]

liberté… #Baudrillard

François de L’Yvonnet : Nous retrouvons Lichtenberg, que vous aimez à citer, la liberté reste, parce qu’elle est l’idée la plus facile…

Jean Baudrillard : C’est la plus facile, la plus acceptable, à partir du moment où elle est donnée, car avant, elle ne se posait pas. Mais c’est une autre question de savoir comment surgit cette liberté. C’est un mystère… Il dit aussi : ” Au fond, soyons clairs, l’homme n’est pas un homme libre, ce décret-là, n’existe nulle part. L’homme n’est pas libre, mais il ne peut pas ou ne veut pas s’en rendre compte, car cela demande une telle ascèce intellectuelle. Donc la liberté a toutes les chances de durer indéfiniment.” Cette solution facile n’est remise en cause, aujourd’hui, que par une solution encore plus facile, qui est un désistément de la liberté d’une espèce de destination numérique, de ventilation dans des opérations de programmation, d’organigrammes… Ce nouvel opérateur fait bon marché dans sa liberté. Lichtenberg dit aussi : “Développer la liberté, la volonté, dans le sens où on l’entend le plus généralement aujourd’hui, comme une sorte d’impératif catégorique, c’est instituer un onzième commandement qui annule tous les autres.” C’est très bien pensé… Avec la liberté, la source de tous les commandements est intériorisée, c’est la source du malheur absolu, on est responsable de tout ! Il y a quelques réticences aujourd’hui devant ce mode d’emploi de la liberté, parce qu’on en entrevoit un certain nombre de conséquences. C’est encore Lichtenberg, je crois, qui dit que l’usage caractéristique de la liberté, c’est l’abus qu’on peut en faire. La preuver que quelque chose est en jeu, c’est qu’on peut l’éxcéder, et en faire le sacrifice.

Revenons à la proposition du don et du contre-don. La liberté est une sorte de don, de cadeau qui vous est fait. L’acception actuelle du terme comporte l’idée qu’on peut tout faire et tout avoir, tout consommer, se transformer en n’importe qui. Il n’y a donc plus de possibilités de contre-don. Être libéré ne va pas sans créer des problèmes. Ainsi quand on a libéré les esclaves, tous ne l’ont pas nécessairement accepté, certains se sont même révoltés contre cet affranchissement ! On ne veut plus poser ce problème-là : l’idée reçu est que la liberté est un don pur. Y compris à la naissance, comme l’a montré un procès récent, où il est apparu qu’un enfant devrait être libre de naître ou de ne pas naître. La libération est un système de dérégulation exponentielle qui aboutit nécessairement à une monstruosité, et cela parce qu’on a éliminé la possibilité du mal, d’une réversibilité, d’un duel, d’une réponse possible, et donc d’une véritable responsabilité. Si on ne peut pas répondre à la liberté, y sacrifier en quelque sorte, on finit pas être axphyxié par sa propre liberté. Coupées d’un instance duelle, toutes les choses ayant perdu leur référence sont destinées à se reproduire indéfiniment. Le clone, c’est l’être obtenu lorsqu’il est coupé de sa propre référence humaine. Il est comme “schizophrénisé”, “libéré” de son propre original, il ne peut que se répéter indéfiniment. La liberté est devenue la libération, c’est-à-dire un processus quasi obsessionnel de répétition illimitée et démesurée. La mesure, elle, est dans un rapport duel aux choses, dans un rapport d’altérité.

Le monde du virtuel est l’aboutissement du processus de liberté : la liberté ne devient même plus visible, s’étant abolie dans son accomplissement définitif. On tente, aujourd’hui, de conjurer cela, de retrouver de nouvelles contraintes, des limites morales à la possibilité de tout faire… On veut intégrer à la libération une critique humaniste de la liberté, mais c’est sans espoir.

Cela dit, demeure entier le mystère : comment se fait-il que ce phénomène soit apparu, se soit développé avec une telle intensité, au point qu’on ne peut plus procéder aujourd’hui à l’ablation, à l’amputation mentale de cette notion de liberté ?

Pourtant si on regarde du côté de l’histoire, du côté des institutions, on voit comment la liberté se corrige par une instense servitude volontaire, que l’une et l’autre fonctionnent bien de pair… La liberté a-t-elle vraiment jamais existé ? Elle a sans doute existé en tant qu’idée, en tant qu’idéal, dans une sorte d’imagination illuministe de la modernité, une sorte de parenthèse un peu folle. Il reste qu’il est très difficile de savoir comment elle a pu surgir. Au fond, la même question se pose pour le réel.

— Jean Baudrillard, D’un fragment l’autre, Entretiens avec François de L’Yvonnet

Baudrillard, Art

 

My concern is not the misery of the world. I don’t want to be cynical, but we are not going to protect art. The more cultural protectionism we enact, the more waste we have, the more false successes, false promotions there are. It puts us in the marketing realm of culture…
To put it naively, the pretension of art shocks me. And it is hard to escape, it did not happen overnight. Art was turned into something pretentious with the will to transcend the world, to give an exceptional, sublime form to things. Art has become an argument for mental prowess.
The mental racket run by art and the discourse on art is considerable. I do not want anyone to make me say that art is finished, dead. That is not true. Art does not die because there is no more art, it dies because there is too much. The excess of reality disheartens me as does the excess of art when it imposes itself as reality.

— Jean Baudrillard, “The Conspiracy of Art”

 

But I do not put myself in a position of truth. Everyone makes his or her own choices. If what I say is worthless, just let it drop, that’s all.
The article was written a little hastily. I should not have started like that. I should have said that there is a hint of nullity in contemporary art. Is it null, or isn’t it? What is nullity? My article is perfectly contradictory. On the one hand, I use nullity as null or nothing, and on the other, I say: nullity is a tremendous singularity. That is a critique that could have been made.
My text reflects a mood, an obsession with something, something more. That we have moved from art as such to a sort of trans-aestheticization of banality… It comes from Duchamp, okay. I have nothing against Duchamp, it is a fantastic and dramatic turn.
But he did set in motion a process in which everyone is now implicated, including us. What I mean is that in daily life, we have this “readymadeness” or this trans-aestheticization of everything which means that there is no longer any illusion to speak of. This collapsing of banality into art and art into banality, or this respective game, complicit and all… Well, from complicity to conspiracy… We are all compromised. I am not denying it. I certainly have no nostalgia for old aesthetic values.

— Jean Baudrillard, “The Conspiracy of Art”

 

The only things I said about art that excited me were on Warhol, Pop Art and Hyperrealism. I think Andy Warhol was the only artist at a time when are was caught up in a very important transitional movement, the only artist who was able to situate himself at the forefront, before all the changes. Maybe it’s also just luck or destiny… Everything that characterizes his work—the advent of banality, the mechanized gestures and images, and especially his inconolatry—he turned all of that into an event of platitude. It’s him and nobody else! Later on, other simulated it, but he was the greatest simulator, with style to match! The exhibition of his works in Venice (Summer 1990) far surpassed and outclassed everything else in the Biennial.
Andy Warhol was a big moment in the 20th century because he was the only one who had a gift for dramatization. He still managed to bring out simulation as drama, a dramaturgy: something dramatic slipped between two phases, the passage into the image and the absolute equivalence of all images. His principle was to say, “I am a machine, I am nothing.” Since then, everyone has just repeated the same mantra, only pretentiously. He, however, thought it as something radical: “I am nothing and I can function.” “I am working on every level, artistic, commercial, advertising…” “I am operationality itself!”
He affirmed the world in its total evidence, the stars, the post-figurative world (it is neither figurative nor non-figurative, but mythical). His world was glamorous and everyone in it was glamorous! Warhol’s act could be considered a revisitation of art after Duchamp. According to our own coordinates and temporality, it is less a work of art than an anthropological event. That’s what interests me about him: the object. He is someone who, with utter cynicism and agnosticism, brought about a manipulation, a transfusion of the image into reality, into the absent referent of star-making banality.
Warhol remains for me a found of modernity. It is somewhat paradoxical, since modernity is usually considered more of a destruction; yet there is a certain jubilation, not at all suicidal or melancholy, because, ultimately, that’s the way he is: cool, and even more than cool, totally insouciant. It’s mechanical snobbism and I like that kind of provocation of aesthetic morals. Warhol freed us from aesthetics and art…

— Jean Baudrillard, “The Conspiracy of Art”

 


Jean Baudrillard, photographie

« The degree of intensity of the image matches the degree of its denial of the real, its invention of another scene. To make an image of an object is to strip the object of all its dimensions one by one: weight, relief, smell, depth, time, continuity and, of course, meaning. This disembodiment is the price to be paid for that power of fascination which the image acquires, the price for its becoming a medium of pure objectality, becoming transparent to a subtler form of seduction. »

— Jean Baudrillard – Photographies