(Found an old txt from 2010(?) in which i noted a few words by Cioran…)

J’aurais mené à bien un dixième de mes projets que je serais de loin l’auteur le plus fécond qui fut jamais. Pour mon malheur, ou pour mon bonheur, je me suis toujours beaucoup plus attaché au possible qu’à la réalité, et rien n’est plus étranger à ma nature que l’accomplissement. J’ai approfondi dans le moindre détail tout ce que je n’aurai jamais fait. Je suis allé jusqu’au bout du virtuel.

— Cioran, 1957

Parfois je sens au plus profond de moi des forces infinies. Hélas ! je ne sais à quoi les employer ; je ne crois à rien, et pour agir, il faut croire, croire, croire… Je me perds tous les jours, puisque je laisse mourrir le monde qui m’habite. Avec un orgueil de fou, sombrer pourtant dans l’indignité, dans une tristesse stérile, dans l’impuissance et le mutisme.

— Cioran, 1958