Fragment 003

«une exposition de Bacon a donné lieu à des mutations inopportunes…» (Burroughs)

Il lui avait poussé des ailes dans la nuit. Elle avait déjà rêvé eveillé s’imaginant possédant des ailes auparavant. Mais pas comme celles là, non, elle avait souvent imaginé des ailes comme celles des oiseaux, naturellement, comme celles d’une chauve-souris, une fois, aussi. Pas des ailes telles des morceaux de viande suspendues à des crochets de boucher. Pourtant ses nouvelles ailes à elle ressemblaient à ça. On aurait dit qu’elle avait derrière elle les morceaux de barbak qu’un boucher avait accroché là. Les ailes étaient lourdes. Et ne lui aurait jamais permis de voler, elle l’avait compris de suite. Et puis elle ne pouvait faire battre ses ailes que très lentement. Elles étaient trop lourdes. Trop lourdes pour battre assez vite, trop lourdes pour lui permettre de s’envoler, ou même de ne décoller du sol que quelques secondes. A quoi bon des ailes si l’on ne peut pas voler ? Voila qui était bien inutile. Ca lui avait mis un coup au moral. De plus, la viande n’était pas du genre /bien cuite/. Pas a point non plus. Mais saignante. De ses ailes du sang goutait doucement, lentement et continuellement. Et comment allait-elle maintenant oser sortir dans la rue si elle ne pouvait pas cacher ces morceaux de viande d’ailes et que les passants voyaient le sang couler de ces appendices saugrenus ? Comment expliquer cela ? Elle pourrait leur dire “Avez vous lu La Métamorphose de Kafka ? Il m’ait arrivé un peu la même chose”. Et elle espérerait qu’ils comprennent un peu. Mais elle, ne comprenait cependant pas du tout.

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